Il y a quelques jours, j’ai regardé la vidéo du Père Adrien : « Pourquoi je ne suis pas protestant évangélique » Je lui répondrai ici, voici pourquoi je ne pourrais jamais être sous l’égide de l’église qu’il représente. Une raison parmi tant d’autre en fait. Je ne fais pas d’anti-catholicisme primaire, et je ne me considère même pas comme un protestant ou un évangélique. Mais à un moment donné, il y a des choses que je ne comprends pas. L’une d’elle est la suivante.

La décoration pontificale remise par le pape Léon XIV à l’ambassadeur iranien près le Saint-Siège. Elle s’inscrit dans une de ces traditions si chère au Père Adrien, où le Vatican honore des personnalités ayant contribué au dialogue interinstitutionnel ou à des causes humanitaires. Cette distinction, attribuée à la fin de la mission diplomatique de l’ambassadeur, symbolise la volonté du Saint-Siège de maintenir un dialogue ouvert avec l’Iran, même dans un contexte géopolitique complexe.
Pour Téhéran, cette reconnaissance représente un atout de communication important.
Tant pour les opinions publiques occidentales que pour sa propre population. Elle confirme aussi que le Vatican traite l’Iran sur un pied d’égalité diplomatique, malgré les tensions régionales et les différences théologiques et politiques entre les deux États.
En résumé, cette médaille n’est pas seulement un honneur individuel, mais aussi un signal fort de la part du pape en faveur du dialogue et de la diplomatie, même dans des contextes difficiles. Jusque-là, on pourrait se dire que tout va bien, bien que …
Et pourtant, le régime iranien persécute activement les chrétiens, en particulier les convertis issus de l’islam. Voici quelques éléments de la situation en 2026 :
Les chrétiens convertis sont les plus vulnérables : ils subissent des arrestations, des tortures, des peines de prison, et sont souvent accusés d’être des « traîtres », des « ennemis » ou des « sionistes ». Les églises de maison (où se réunissent les convertis, car les églises officielles leur sont interdites) sont régulièrement la cible de descentes de police. Par exemple, en juillet 2025, 54 chrétiens ont été arrêtés dans 21 villes d’Iran, et en avril 2025, deux hommes ont été condamnés à 12 ans de prison pour possession de bibles.

Il y a eu 1639
exécutions dans cette année
2025 !
La répression s’est intensifiée depuis fin 2025, avec des coupures d’Internet et des restrictions accrues, rendant la situation des chrétiens presque invisible au monde extérieur. Les autorités iraniennes considèrent les chrétiens comme une « menace pour la sécurité nationale » et les accusent d’être des agents à la solde d’Israël ou des pays occidentaux.
Les communautés chrétiennes historiques (arméniennes et assyriennes) sont reconnues, mais leur liberté est très limitée. Les convertis, eux, n’ont aucun droit et doivent pratiquer leur foi dans la clandestinité, sous peine de poursuites judiciaires.
En résumé, la persécution des chrétiens en Iran est systématique, surtout pour les convertis, et s’est aggravée ces derniers mois.
La décision du pape Léon XIV d’honorer l’ambassadeur iranien, malgré la persécution avérée des chrétiens en Iran, est paradoxale, voire choquante, pour beaucoup de fidèle, quel que soit les dénominations chrétiennes et même au-delà.
Le Vatican agit souvent selon une « logique » diplomatique distincte de la morale immédiate, nous dit-on. L’idée de garder le dialogue est de protéger les minorités persécutées … Cependant, cette stratégie soulève des questions éthiques réelles. Comment concilier l’hommage rendu au représentant d’un État qui emprisonne, torture les chrétiens et sa propre population, etc… avec le devoir de solidarité envers les persécutés ?
Pour les victimes et leurs familles, une telle distinction apparaît comme une trahison, un désir de normalisation de l’oppression. Le risque est de donner l’impression que la souffrance des fidèles est sacrifiée sur l’autel de la « Realpolitik ».
Le Vatican voudrait rester un acteur neutre et ouvert au dialogue, même avec les régimes les plus autoritaires perpétrant des crimes contre l’humanité à la chaine. Mais cette neutralité injustifiable a un coût cher à payer pour Rome, elle est perçue aujourd’hui par beaucoup comme une complicité passive.

Une question reste suspendue, aussi troublante qu’incontournable : Peut-on imaginer Christ faire de même ?
Le Christ, qui a lavée les pieds de ses disciples, y compris celui qui allait le trahir, qui a choisi de s’identifier aux plus petits, aux persécutés, aux marginalisés. Le Christ, dont l’Église se réclame, mais dont les choix diplomatiques semblent parfois s’éloigner de l’exigence radicale de l’Évangile : aimer ses ennemis, oui, mais sans jamais transiger avec l’injustice.
Honorer le représentant d’un régime qui écrase ses propres citoyens, et parmi eux des frères et sœurs en Christ, c’est risquer de confondre dialogue et compromission. Le Vatican, en cherchant à préserver un canal de discussion, joue un jeu périlleux qui risque de détruire la crédibilité de son message, de la cohérence de son témoignage.
Pour les chrétiens persécutés en Iran, et pour tous ceux qui souffrent sous le joug de l’oppression, la réponse est claire : la solidarité ne peut être silencieuse. Si la diplomatie a ses raisons, la foi, elle, a ses exigences. Et l’une d’elles est de ne jamais laisser l’injustice devenir normale. Alors, non, on ne peut imaginer Christ rester muet où honorer un gouvernement comme celui-ci. Et c’est peut-être là le vrai scandale de l’évangile, mais aussi et la vraie espérance.
Mikaël REALE