Il y a quelques années, alors que je parlais de mon premier roman, « J’étais ailleurs », à un pasteur que je respectais, il m’a regardé avec un sourire un peu gêné avant de me dire : « Mikaël, c’est bien, mais bon… est-ce que ce n’est pas un peu une perte de temps ? Tu ne pourrais pas plutôt continuer à écrire tes livres d’enseignement ? »
Je n’avais pas cessé d’écrire les livres d’enseignements de la collection « Passeport pour… » en fait, mais je venais d’écrire mon premier roman.
Je n’ai pas su quoi répondre sur le moment. Pas par manque d’arguments, mais parce que cette question, je me l’étais déjà posée moi-même. Et pas qu’une fois. Après tout, dans nos milieux évangéliques, on a souvent l’impression que tout ce qui ne sert pas directement à évangéliser ou à édifier l’Église est… accessoire. Pire, parfois, on vous fait comprendre que c’est presque suspect. « Qu’est-ce que tu fabriques avec ces histoires ? Tu devrais plutôt prêcher, non ? »
Le grand désistement culturel
Pourtant, quand on regarde autour de nous, une chose saute aux yeux : le monde a changé de façon drastique, et il a changé parce que le monde de la culture l’y a préparé avec un long travail d’influence. Le cinéma, la littérature, la musique, les séries… Tout cela a façonné les mentalités, souvent des décennies avant que les mœurs ou les lois ne suivent. Et nous, les chrétiens, où étions-nous pendant ce temps ?
Nous avons déserté les arts. Nous avons abandonné la création pour le monde au profit d’une production pour l’Église. On ne fait de la musique que pour louer Dieu ou évangéliser. On n’écrit que pour témoigner ou enseigner. On ne peint que pour décorer les murs des temples. Et puis on s’étonne que l’Église soit à la traîne, que ce soit la culture du monde qui nous envahisse, qui nous façonne, qui nous dicte nos normes.
On s’étonne même que des jeunes élevés dans nos assemblées finissent par adopter des valeurs ou des comportements qui, il y a encore vingt ans, auraient choqué la plupart des croyants. Mais comment voulez-vous qu’il en soit autrement ? Si nous ne sommes pas présents dans la culture, c’est la culture des autres qui viendra à nous.
Des romans qui touchent là où le prêche ne passe pas

Quand j’ai commencé à écrire « J’étais ailleurs », je ne me disais pas que j’écrivais un livre chrétien. Je racontais une histoire. Celle de personnage en quête de sens, ballottés par la vie, confronté à leurs propres limites. Et pourtant, des gens m’ont écrit pour me dire : « Ce roman m’a aidé à comprendre la grâce. » D’autres : « Je n’avais jamais lu la Bible, mais en lisant ton livre, j’ai eu envie de me rapprocher de Dieu. »
Dans « Aller Simple », Yassir, 17 ans, mineur non accompagné, ou Eve, 15 ans, abandonnée par sa famille, ou encore Joseph, victime d’un attentat terroriste, sont des personnages qui ont bouleversé les lecteurs. Leur histoire, leurs doutes, leurs rencontres… Rien de tout cela ne ressemble à un prêche. Pourtant, des gens m’ont confié que ce livre les avait « touchés au plus profond de leur âme », qu’il leur avait fait voir leur propre vie sous un angle nouveau. Certains, éloignés de l’Église, y ont trouvé une porte d’entrée vers la foi.
Alors oui, ces romans ne citent pas la Bible à chaque page. Ils ne finissent pas par un appel à la repentance. Mais ils parlent de Dieu en le nommant clairement. Ils parlent de rédemption sans faire la morale. Ils parlent d’espoir sans donner de leçon.
Jésus, le maître des paraboles

D’ailleurs, si on y réfléchit, Jésus lui-même utilisait des histoires pour transmettre ses vérités les plus profondes. Les paraboles, c’était sa méthode favorite pour parler du Royaume de Dieu. Pourquoi ?
Parce que les gens retiennent une histoire bien mieux qu’un sermon. Parce qu’une histoire touche le cœur avant de convaincre l’intelligence. Parce qu’une histoire peut atteindre ceux qui ne mettraient jamais les pieds dans une église.
Paul, lui, citait les poètes païens pour toucher les Athéniens. Il ne les a pas ignorés. Il ne les a pas condamnés. Il a utilisé leur culture pour leur parler de Christ. « En Lui nous vivons, nous nous mouvons et nous existons », dit-il en citant un auteur grec (Actes 17:28). Et si nous devions faire de même aujourd’hui ?
« Mais c’est pas biblique, ça ! »
J’ai entendu cette objection plus d’une fois. « Écrire des romans, c’est bien, mais est-ce que c’est vraiment utile pour le Royaume ? » Sous-entendu : si ça ne parle pas explicitement de Dieu, si ça ne cite pas la Bible, si ça ne se termine pas par un appel à la conversion, alors ça ne sert à rien.
Pourtant, quand on lit l’Ancien Testament, on voit que Dieu a utilisé des hommes et des femmes dans leur contexte culturel pour accomplir ses plans. Daniel était un haut fonctionnaire à Babylone. Esther était reine de Perse. Joseph était Premier ministre en Égypte. Aucun d’eux n’a attendu d’être dans un temple pour servir Dieu.
Et puis, il y a cette question : qui a dit que la foi devait être cantonnée à l’Église ? Si Dieu est le Créateur de toute chose, alors la culture, l’art, la littérature… tout cela lui appartient aussi. Et si nous, les chrétiens, nous désistons de ces domaines, qui va les occuper à notre place ?
Réinvestir la culture
Je ne dis pas que tout le monde doit écrire des romans ou tourner des films, bien que je rêve que les miens soient portés à l’écran. Mais je crois que nous devons encourager ceux qui s’engagent dans les arts, la musique, le cinéma, la littérature… pour le monde. Pas seulement pour l’Église.

Parce que chaque fois qu’un chrétien écrit un bon livre, tourne un bon film, compose une belle chanson accessible à tous, il ouvre une porte. Une porte vers des questions, vers des réflexions, vers une rencontre avec Dieu que rien d’autre n’aurait pu permettre.
Et si le problème, ce n’était pas que nous ayons trop de culture mondaine dans l’Église… mais que nous n’avons pas assez de culture chrétienne dans le monde ? Alors, à quoi bon ces romans ?
À la fin de « Le Mikvé » (qui sortira le 31 mai 2026), il n’y aura pas de prière de salut. Pas de verset biblique en exergue. Juste une histoire. Mais une histoire qui, je l’espère, fera réfléchir. Qui touchera. Qui bougera quelque chose en ceux qui la liront.
Parce que la foi, ce n’est pas que des mots. C’est aussi des vies transformées. Et parfois, ces vies le sont par une histoire, à travers un personnage, grâce à une émotion que seuls un roman, un film, une chanson peuvent provoquer.
Et si on arrêtait de se poser les mauvaises questions ?
On me demande souvent : « Est-ce que tes romans sont chrétiens ? » Ma réponse ? Ils sont écrits par un chrétien. Ils parlent de thèmes universels. Et ils laissent Dieu faire son œuvre dans le cœur de ceux qui les lisent.
Peut-être que la vraie question, ce n’est pas « Est-ce que c’est utile pour l’Église ? », mais « Est-ce que c’est fidèle à l’appel que Dieu m’a donné ? » Pour moi, la réponse est claire. Et chaque fois qu’un lecteur me dit que l’un de mes livres l’a aidé à se rapprocher de Dieu, je me dis que j’ai fait le bon choix.
Alors oui, j’écris des romans. Pas parce que c’est plus facile que d’écrire des livres d’enseignement. Pas parce que c’est plus tendance. Mais parce que je crois que Dieu peut se servir de la fiction pour toucher des cœurs que rien d’autre ne pourrait atteindre.
Alors, au lieu de nous demander si c’est légitime, nous devrions nous demander plutôt : Est-ce que c’est nécessaire ?
Mikaël REALE
Mai 2026
J’aime bien cette idée de parler des valeurs du royaume de Dieu sans mentionner que la source est Dieu
D’ailleurs dans le livre d’Esther c’est Dieuqui conduit l’histoire de ce livre et son nom n’est jamais mentionné🤔
Il faudrait aussi des compositeurs de chants avec cette même idée 😱😉
En effet, mon deuxième album (à …venir) était aussi dans cette optique.