Exigence Non Négociable ?
« Qui peut séjourner dans ta tente ? Qui peut demeurer sur ta montagne sainte ? Celui qui marche dans l’intégrité, qui pratique la justice, et qui dit la vérité selon son cœur. » Psaume 15 : 1-2

L’exercice du pouvoir au sein d’une société démocratique repose sur un contrat implicite, ma fondamental : celui de la délégation de confiance.
Lorsque les citoyens se rendent aux urnes — ou lorsqu’ils choisissent délibérément de s’en détourner pour ne pas cautionner un jeu truqué —, ils évaluent, de manière consciente, la légitimité éthique de ceux qui prétendent les diriger. Pourtant, le spectacle contemporain offre une réalité bien sombre, où la notion même d’intégrité semble être devenue une option facultative, voire un obstacle à la réussite d’une carrière publique.
Il est devenu profondément indécent de voir des candidats aux plus hautes fonctions nationales jouer cyniquement avec les délais de la justice, multiplier les recours procéduraux et exploiter les failles du calendrier judiciaire à la seule fin de pouvoir se présenter à une élection. Si le suffrage leur est favorable, le mandat obtenu se transforme alors en un bouclier constitutionnel, une forteresse d’immunité temporaire derrière laquelle ils se dérobent à leurs responsabilités pénales.
Cette instrumentalisation des institutions dénature la fonction représentative et installe un sentiment d’impunité intolérable au sein du corps social.
Redonner de la dignité à l’action publique
Pour redonner à l’action publique une dignité minimale, il est nécessaire de poser des règles claires, absolues et définitives. Toute personne investie d’un mandat public ou briguant les suffrages du peuple qui se rend coupable de fraude, de corruption, de détournement de fonds ou de tout autre manquement grave à la probité pendant un mandat devrait être frappée d’une inéligibilité à vie. La sanction doit être perpétuelle, car la trahison de la confiance publique n’est pas une simple erreur de parcours susceptible d’être effacée par le temps.
Avant Marine Le Pen, ça a été Alain Juppé, Pierre Bédier, Manuel Aeschlimann, Alain Ferrand pour la droite. Pour la gauche, qui n’est pas en reste, nous pourrions citer Henri Emmanuelli, Thierry Robert …
Tous condamné à de l’inéligibilité et tous … revenus aux affaires !
Il en est de même chez tous nos voisins, européens, britannique, sans parler des Etats Unis.
Permettre à un élu condamné de revenir dans l’arène politique après quelques années de retrait forcé revient à admettre que l’intégrité collective est négociable au rabais.

La réalité chiffrée, selon L’ONG anticorruption Transparency International France, de notre paysage institutionnel démontre que l’impunité n’est pas un fantasme, mais une pratique systémique. L’analyse des données relatives à la délinquance en col blanc chez les responsables politiques révèle qu’en France, plus d’une centaine de figures politiques d’envergure nationale ou locale ont fait l’objet de condamnations définitives pour des atteintes à la probité publique.
Le problème majeur ne réside pas uniquement dans la commission de l’infraction, mais dans la récidive et la possibilité légale du retour. Dans l’état actuel de notre droit pénal, les peines d’inéligibilité prononcées par les tribunaux sont presque systématiquement temporaires, oscillant généralement entre deux et cinq ans, avec un plafond théorique fixé à dix ans pour les délits les plus graves. Cette limitation temporelle transforme la condamnation en une simple suspension de carrière, une période de purgatoire médiatique après laquelle l’individu peut à nouveau solliciter les suffrages d’un peuple amnésique ou résigné. Plusieurs anciens ministres, députés et magistrats municipaux ont ainsi retrouvé des responsabilités de premier plan après avoir purgé des peines fermes pour des détournements massifs d’argent public ou des systèmes d’emplois fictifs.
À cette clémence législative s’ajoute l’art consommé de la stratégie judiciaire. La temporalité des procédures pénales en France joue objectivement en faveur des puissants. Entre le déclenchement d’une enquête pour des faits de corruption et le prononcé d’une condamnation définitive par la Cour de cassation, il s’écoule fréquemment une période de cinq à sept années. Durant tout ce temps, le suspect bénéficie de la présomption de légalité de ses actes politiques et continue de siéger, de voter les lois ou de gérer des budgets considérables. Mieux encore, certains utilisent cette période de sursis pour anticiper les échéances, se présenter à de nouveaux scrutins et obtenir une légitimité électorale fraîche qui leur servira d’argument politique pour dénoncer une prétendue cabale judiciaire. Ce mécanisme permet à un élu d’achever son mandat ou d’en entamer un nouveau sous le statut d’intouchable, bravant l’autorité des tribunaux et se moquant ouvertement des citoyens qui doivent eux, respecter au quotidien les lois de la République.
Face à ce déni de justice permanent, la mise en place d’une inéligibilité définitive telle que le demandé Mme Le Pen en 2013, sur le plateau de Public Sénat, où elle plaidait pour l’inéligibilité à vie appliquée à tout homme ou femme politique condamné pour des faits commis en lien avec leur mandat.est la seule réponse proportionnée.
Un citoyen ordinaire qui commet une faute lourde dans le cadre de sa profession peut se voir interdire à tout jamais d’exercer son activité, d’administrer une entreprise ou de travailler auprès de publics vulnérables.
Pourquoi les standards appliqués à ceux qui conçoivent les lois et incarnent la souveraineté nationale seraient-ils inférieurs à ceux imposés au reste de la population ? L’argument souvent avancé selon lequel le suffrage universel purifie la faute et que le peuple reste le seul juge de la moralité d’un candidat est une imposture intellectuelle. Le vote ne possède pas de vertu absolutoire face au code pénal.
Une démocratie digne de ce nom doit se doter de verrous éthiques inviolables pour empêcher que les instruments de la souveraineté populaire ne soient capturés par des délinquants financiers ou politiques. L’inéligibilité à vie pour les fraudeurs n’est pas une mesure de vengeance, c’est une mesure de légitime défense des institutions.
Pour le chrétien qui aspire à examiner les structures du monde à la lumière des Écritures, cette exigence de justice va bien au-delà d’une simple réforme juridique : elle touche à un impératif spirituel de séparation et de refus du compromis avec l’iniquité.
Cette exigence de probité prend une dimension encore plus profonde, car elle s’enracine dans le caractère même de Dieu et dans les instructions claires laissées par les Écritures concernant le gouvernement des hommes. La Bible n’est pas neutre face à la corruption des dirigeants. Du livre des Rois aux prophètes majeurs, la condamnation des chefs qui pervertissent le droit, acceptent les présents et oppriment le peuple par des balances fausses est un leitmotiv constant.
Le roi Salomon rappelle dans ses Proverbes qu’un trône se raffermit par la justice et que les lèvres justes font les délices des rois. Dès lors, comment un croyant peut-il, sans compromettre sa propre conscience, apporter sa voix, son soutien ou sa validation publique à des hommes dont l’inconduite financière et le mensonge procédural sont avérés ? Voter pour un candidat corrompu sous prétexte qu’il défendrait par ailleurs de bonnes valeurs morales ou sociétales est une contradiction théologique majeure. L’intégrité ne se découpe pas en morceaux.
La dimension biblique de la politique impose au chrétien un devoir de discernement et de séparation spirituelle. L’apôtre Paul, dans sa seconde lettre aux Corinthiens, pose une question qui résonne avec force dans notre contexte politique : quelle association y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? Ou qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres ?
Si nous voulons que notre présence dans le monde reflète les valeurs du Royaume de Dieu, nous devons cesser d’être les complices passifs d’un système qui tolère le mensonge, la fraude et la corruption en son sein.
Refuser de s’associer à des dirigeants injustes, refuser de cautionner leurs campagnes ou de justifier leurs dérives par opportunisme partisan est un acte d’obéissance spirituelle. Le chrétien doit se rappeler que sa première allégeance va au Roi des rois, dont le trône est fondé sur la justice et l’équité. S’associer à des corrupteurs pour obtenir des avantages terrestres ou des protections illusoires revient à reproduire l’erreur d’Israël, qui cherchait des alliances en Égypte plutôt que de s’appuyer sur l’Éternel.
Cette posture spirituelle exige une rupture radicale avec le pragmatisme cynique qui domine les débats politiques actuels. On entend trop souvent dire qu’il faut choisir le moins mauvais des candidats, ou que l’efficacité politique justifie quelques entorses à la morale. Les Écritures nous enseignent le contraire : Dieu n’a pas besoin de nos compromissions pour accomplir ses desseins.
Le Nouveau Testament nous enjoint à ne pas participer aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt à les condamner. Appliqué à notre responsabilité de citoyens, cela implique que l’honnêteté et la droiture d’un candidat doivent constituer une condition préalable absolue, un filtre éliminatoire avant toute considération doctrinale ou partisane. Si aucun candidat ne présente ces garanties minimales de probité, alors l’abstention militante, évoquée précédemment, devient la seule option cohérente avec une foi authentique.
L’histoire biblique nous montre également que la corruption des dirigeants entraîne inévitablement la décadence de la nation entière. Lorsque le roi Achab et son épouse Jézabel ont tordu le droit pour s’emparer de la vigne de Naboth en utilisant de faux témoins et en manipulant les anciens de la cité, c’est tout le peuple qui a subi les conséquences du jugement divin.
La justice élève une nation, mais le péché est la honte des peuples, affirme le livre des Proverbes. Promouvoir l’intégrité en exigeant l’exclusion définitive des fraudeurs n’est donc pas, encore ici, une lubie moralisatrice, mais une œuvre de préservation nationale. En refusant de transiger avec la probité de nos représentants, nous posons les fondations d’une société où la parole a du poids, où la loi protège le faible et où les institutions ne sont plus le terrain de jeu des ambitieux sans scrupules.
C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que nous pourrons espérer voir émerger une génération de serviteurs de l’État authentiques, capables de gouverner avec justice et de restaurer le lien de confiance brisé entre la nation et ses représentants. Notre exigence doit être totale, car la justice divine ne connaît pas de demi-mesures.
Mikaël Reale