Et si le vrai problème était notre incapacité à être des parents ?
Récemment, le Conseil constitutionnel a retoqué la loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Une décision qui a suscité des débats passionnés. Certains y voient une victoire pour la liberté, d’autres une occasion manquée de protéger nos enfants. Mais si le vrai problème était ailleurs ?
Cette loi, aussi bien intentionnée soit-elle, n’était qu’un pansement sur une jambe de bois. Interdire l’accès aux réseaux sociaux ne résout pas la crise éducative profonde que traversent nos familles. Les enfants contournent déjà les restrictions avec des fausses dates de naissance, et les plateformes, malgré leurs algorithmes, ne peuvent se substituer à l’autorité parentale.
La question n’est pas tant de savoir si l’État doit légiférer, mais plutôt : pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi des parents délèguent-ils l’éducation de leurs enfants à des écrans, à l’école, ou à des lois ?
Parent aujourd’hui : un rôle en voie de disparition ?
Il y a trente ans, dans un article intitulé « Des adultes ou des pères ? », publié dans le Magazine de Coef 5 : « Signes », je faisais une distinction essentielle : être adulte était relativement courant, mais être un vrai parent était déjà un défi. Aujourd’hui, la donne a changé. Trouve-t-on encore des adultes ?
À l’époque, je soulignais que la paternité (et la maternité) n’était pas qu’une question de biologie ou de légalité, mais avant tout une mission morale et spirituelle. Trente ans plus tard, cette mission semble avoir été reléguée au second plan, voire oubliée. Les adultes d’aujourd’hui peinent à assumer leur rôle d’adultes, alors pour ce qui est d’être parents …

Combien de parents, épuisés ou débordés, tendent un smartphone à leur enfant dès le plus jeune âge pour « avoir la paix » ?
On n’assume plus de rôle. Entre l’école, les activités extrascolaires et les influenceurs en ligne, qui éduque vraiment nos enfants ?
On veut, souvent pour des raisons égoïstes, des enfants « autonomes », mais on oublie que l’autonomie se construit dans un cadre, avec des limites et des repères.
Nous avons aujourd’hui non pas une, mais deux générations d’enfants qui ont grandi livrés à eux-mêmes, exposés à des contenus inappropriés (pornographie, discours de haine, cyberharcèlement), et des ados qui grandissent sans véritable guidance.
La parentalité : un rôle sacré, mais délaissé
Dans mon article de 1996, je parlais déjà de la parentalité comme d’un rôle sacré. Aujourd’hui, ce rôle semble avoir été dévalué, voire banalisé. Être parent ne se réduit pas à mettre un enfant au monde ou à subvenir à ses besoins matériels. C’est avant tout une responsabilité morale : transmettre des valeurs, poser des limites, et être présent.
Pourtant, plusieurs facteurs ont contribué à affaiblir cette mission :
- La pression économique et sociale : Entre le travail, les obligations et le stress du quotidien, beaucoup de parents n’ont plus le temps ou l’énergie pour être pleinement présents.
- L’individualisme : Dans une société où le « moi d’abord » est devenu la norme, le sacrifice pour autrui – et surtout pour ses enfants – peut sembler contre-nature.
- La peur de mal faire : Entre les injonctions des « experts » en éducation de Tictoc, d’Instagram et autres pourvoyeurs, les comparaisons avec les autres parents, et la culpabilité permanente, beaucoup préfèrent éviter les conflits plutôt que d’assumer leur autorité.
La conséquence ? Des enfants qui manquent de repères, des ados en quête de sens, et des jeunes adultes incapables d’assumer leurs propres responsabilités.
La solution ne viendra pas des lois, mais des familles
La tentation est grande de chercher des solutions rapides et faciles. Une loi pour interdire les réseaux sociaux ? Pourquoi pas. Mais cela ne suffira pas. Une loi est là pour encadrer, mais elle ne peut pas éduquer.

Cette citation est souvent reprise pour souligner que l’éducation morale et les valeurs relèvent avant tout de la famille, tandis que l’instruction (l’enseignement formel) est une responsabilité de l’État. Elle s’inscrit dans la pensée humaniste et républicaine de Hugo, qui valorisait à la fois l’importance de la famille et le rôle de l’école publique.
La vraie solution réside dans un réveil des consciences. Il est temps que les parents reprennent leur place, posent des limites, et assument leur rôle éducatif en arrêtant de se défausser sur l’école pour ça. C’est aux parents de montrer l’exemple, de transmettre des valeurs, et de créer un environnement où les enfants peuvent grandir en sécurité. Pas au premier adulte lambda !
La tâche peut sembler immense, mais elle est vitale. Voici quelques pistes concrètes pour retrouver le chemin de la parentalité responsable :
1. Accepter le sacrifice
Être parent, c’est renoncer à une partie de sa liberté. C’est dire parfois non à une sortie entre amis pour rester avec son enfant. C’est éteindre son téléphone pour écouter vraiment ce qu’il a à dire. C’est comprendre que l’amour se mesure souvent en actes, plus qu’en paroles.
2. Repenser ses priorités
Dans un monde où le travail, les loisirs et les réseaux sociaux accaparent notre attention, il est facile de reléguer ses enfants au second plan. Pourtant, rien ne remplacera jamais le temps passé ensemble. Un repas en famille sans écran, une balade en forêt, une discussion sérieuse : ces moments simples sont les fondations d’une éducation solide.
3. Se former et s’informer
Personne ne naît « parent parfait ». Heureusement, il existe des ressources : livres, ateliers, groupes de parole. Apprendre à gérer les conflits, à poser des limites, ou à aborder des sujets difficiles (comme la pornographie ou les réseaux sociaux) est un devoir.
4. Donner l’exemple
Les enfants apprennent davantage par l’observation que par les discours. Si vous passez votre temps sur votre téléphone, ne vous attendez pas à ce que votre enfant fasse autrement. Si vous évitez les conflits plutôt que de les affronter, il fera de même. La maturité, ça se transmet.
L’éducation est un mandat sacré
La Bible, depuis l’Ancien Testament, insiste sur la responsabilité première et inaliénable des parents dans l’éducation de leurs enfants. Dans Deutéronome 6:6-7, il est écrit :
« Ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. »
Ici, l’éducation n’est pas délégable : elle est un mandat divin, une mission qui incombe aux parents avant toute institution.
Jésus lui-même, dans Matthieu 18:6, met en garde contre ceux qui scandalisent les enfants, soulignant la gravité de la responsabilité des adultes envers eux. Éduquer, c’est protéger, guider, et transmettre une vision du monde qui honore Dieu et le prochain.
L’apôtre Paul, dans Éphésiens 6:4, va plus loin :
« Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants, mais élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur. »
Cette injonction montre que l’éducation ne se limite pas à l’instruction intellectuelle ou morale, mais qu’elle doit être imprégnée de sagesse, de patience et d’amour, toujours dans une perspective de construction et non de domination.

L’éducation est donc un acte d’amour et de foi : un héritage à transmettre, une graine à planter, et un chemin à tracer. Les parents ne sont pas des propriétaires, mais des intendant·e·s – des gardiens temporaires chargés de préparer leurs enfants à vivre selon les principes de justice, de vérité et de grâce.
Dans un monde où l’État, les écrans et les institutions semblent vouloir prendre cette place, la Bible nous rappelle que l’éducation commence à la maison. Elle est un acte de résistance spirituelle contre les forces qui cherchent à façonner nos enfants à leur image.
Et si, aujourd’hui, redevenir des parents, c’était simplement redevenir fidèles à cette vocation ?
Fidèles à l’appel de Dieu, fidèles à nos enfants, et fidèles à l’héritage que nous avons reçu pour le transmettre à notre tour.