Entre le marteau et l’enclume

Par Mikael REALE – Publié le 10 juillet 2026

Nous vivons une époque où l’équilibre est devenu suspect. Être nuancé, c’est être accusé de tiédeur par les uns, de complicité par les autres.

Défendre des principes bibliques sans haïr ceux qui les rejettent, revient à s’exposer à une double condamnation : celle des traditionalistes, qui vous traitent de lâche, et celle des progressistes, qui vous qualifient de fanatique.

Je le sais par expérience. En tant que chrétien, auteur et conférencier, j’ai souvent eu l’impression d’être coincé entre le marteau et l’enclume. D’un côté, des frères et sœurs en Christ me reprochent de ne pas partir suffisamment « en guerre » sur des sujets comme la GPA, l’aide à mourir ou l’homosexualité. De l’autre, une société qui me taxe de réactionnaire, d’intolérant, voire de haineux, simplement parce que je refuse de renier mes convictions sur l’avortement ou l’adoption générale d’une ultra-laïcité liberticide.

Pourtant, je suis convaincu que c’est précisément dans cet espace étroit, entre les excès de tous bords, que se joue l’un des témoignages les plus puissants du christianisme aujourd’hui. Un christianisme qui n’est ni un dogmatisme rigide sans compassion, ni une soumission complice pour être accepté dans ce monde ! Une foi vivante, à la fois compatissante, raisonnable et courageuse !

Quand la nuance devient subversive

Il y a peu, j’ai été rabroué publiquement pour avoir émis un doute sur la justesse d’un propos tenu par un dirigent d’état connu pour ses frasques médiatique tonitruantes.

« A bon ?!? Tu es donc pour l’avortement et le mariage gays ! » m’a-t-on lancé au visage… Euh, non, pas vraiment. Mais je sais reconnaitre ce qui est bon, et ce qui est mauvais, chez tout un chacun et je l’espère chez moi.

Nous vivons dans un monde férocement clivé, où les débats ne sont plus des échanges d’idées, mais des affrontements de tranchées. Sur des sujets comme le mariage, l’avortement ou l’émigration, il n’y a plus aucune place pour la nuance. Défendez le mariage traditionnel, et vous êtes immédiatement étiqueté comme homophobe. Exprimez de simples réserves sur l’avortement, et on vous accuse de misogynie. Osez dire qu’un enfant a besoin d’un père et d’une mère, et vous passez pour un dinosaure aux yeux de la société. D’un autre côté, dites que l’on doit s’occuper de l’indigent, qu’il faut réguler le capitalisme et que la loi du plus fort n’est pas digne de Christ, et on vous traite de communiste.

Le pire, c’est que les deux camps finissent par vous rejeter. Les “traditionalistes” vous reprocheront un manque cruel de fermeté, tandis que les “progressistes” vous accuseront de propager de la haine. Vous êtes toujours trop mou pour les uns, trop dur pour les autres.

Pourtant, cette polarisation est un piège grossier dans lequel trop de chrétiens tombent aujourd’hui. Elle nous pousse à choisir un camp, à renoncer à notre propre humanité au profit d’une idéologie de meute.

J’aime beaucoup la position de Christ vis-à-vis des romains ou des samaritains, telle qu’elle est dépeinte dans la série « The Chosen ». C’est un choc pour ses disciples autant que pour les romains.

Le christianisme refuse par nature cette dichotomie. Jésus lui-même a mangé avec les pécheurs tout en les appelant fermement à la repentance. Il a dénoncé l’hypocrisie des pharisiens sans pour autant rejeter la Loi.

Aujourd’hui, tout le monde nous somme de choisir entre l’amour et la vérité. Mais le Christ ne nous a jamais demandé de trancher ! Il nous demande de l’imiter : d’être fermes sur les principes, mais profondément aimant envers les personnes.

La vérité qui libère, sans écraser

Dans l’Évangile de Jean, au chapitre 8, Jésus prononce ces mots qui sont au cœur de ma démarche de vie et de ministère depuis les années 2000 : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. […] Si donc le Fils vous affranchit, vous serez vraiment libres. »

Quand je parle de mariage, d’avortement ou d’euthanasie, ce n’est jamais par désir de condamner, mais parce que je crois que la vérité, aussi impopulaire soit-elle, est la seule chose qui nous rende véritablement libres. Trop de chrétiens aujourd’hui utilisent la Bible comme un marteau pour frapper ceux qui ne pensent pas comme eux. Mais Jésus devant la femme adultère, n’a pas brandi de pierres. Il a défendu sa dignité face aux bourreaux tout en lui rappelant la vérité : « Va, et ne pèche plus. »

De la même manière, affirmer que le mariage chrétien est une alliance entre un homme et une femme n’est pas un jugement envers les couples homosexuels. C’est la proclamation d’une vérité que je crois essentielle à l’épanouissement de l’humanité, dans le plan de Dieu, mais que je ne peux ni ne veux imposer.

Enchainé dans un courant de pensée en vogue !

Chacun est libre de vivre comme il l’entend et ce n’est pas à moi de juger les gens. Maintenant, cette liberté vaut aussi pour moi, et je n’accepterai pas de marier un couple de même sexe, en tant que pasteur, parce que c’est incompatible avec ma foi. Il n’y a rien de haineux dans ma position.

Le monde actuel nous propose de nouvelles formes d’esclavage. Il y a l’esclavage de l’idéologie, qui exige d’adopter les dogmes du progressisme sous peine d’exclusion sociale. Il y a l’esclavage de la peur, qui pousse tant de chrétiens à se taire par crainte de la « cancel culture ». Et il y a l’esclavage du relativisme, ce fameux « tout se vaut » qui finit par vider la vie de tout son sens.

Le Christ nous a libérés de ces chaînes. Il nous appelle à vivre dans la vérité, même quand elle dérange.

Quand la foi et la raison refusent de plier

Le grand apologète C.S. Lewis, un ancien athée qui savait ce que signifiait de critiquer la foi, a magnifiquement démontré que la foi et la raison ne s’opposent pas. Dans une formule percutante, il écrivait : « Le christianisme, s’il est faux, est trop cruel pour être bon. Mais s’il est vrai, il est trop bon pour être cruel. »

Cette phrase résume parfaitement notre tension quotidienne. Si nos convictions sont fausses, nous sommes des fanatiques. Mais si elles sont vraies, les attaquer revient à attaquer la vérité elle-même.

La société voudrait nous faire croire que nos positions de foi sont purement irrationnelles et viscérales. Pourtant, la raison et les faits sont souvent de notre côté.

Sur le plan biologique, la science nous rappelle qu’un fœtus est un être humain unique dès la conception, avec son propre ADN et un cœur qui bat dès la troisième semaine. Nier cela, c’est nier l’évidence scientifique. De même que le genre est quelque chose de rationnel, quel que soit le ressentit de certains.

Maintenant, cela ne nous donne pas le droit de mépriser les gens qui, pour quelque raison que ce soit, ne veulent ou ne peuvent pas partager notre position. Nous leur devons du respect, mais surtout en tant que chrétiens, de l’amour.

J’aime mes amis homosexuels, et c’est précisément pour ça que ce n’est pas à moi d’approuver, ou de désapprouver un mode de vie que je crois personnellement éloigné du plan de Dieu. J’aime les femmes en situation de détresse face à l’avortement, et cela ne doit pas m’empêcher de voir l’injustice faite à l’enfant à naître. Je comprends la souffrance de celui qui ne se bat plus face à un cancer en phase terminal et qui souhaite en finir au plus vite, mais je suis suspicieux vis-à-vis des propositions de loi faite à ce jour.

Dans un autre ouvrage, Les Quatre Amours, CS. Lewis rappelait qu’aimer quelqu’un ne signifie pas approuver aveuglément tout ce qu’il fait. L’amour vrai a le courage de dire des vérités difficiles.

C’est ici que résonne l’avertissement du sociologue et théologien Jacques Ellul.

Il expliquait comment les sociétés modernes se créent de nouvelles idoles, des systèmes de pensée qui nous asservissent.

Aujourd’hui, l’idéologie « woke », le consumérisme et l’individualisme radical sont devenus les nouveaux dogmes d’une religion séculière qui cherche à s’imposer à tout un chacun. Elle a ses inquisiteurs qui partent dans des chasses aux sorcières au nom de la « défense » des minorités, des femmes, des noirs, des homosexuels. Ces ayatollahs de la bien-pensance sont prêts à bruler au bucher des média-sociaux tous ceux qui remettent en question leur dogme.

Jacques Ellul insistait sur un point : les chrétiens ont le devoir de résister à ces systèmes oppressifs. Notre rôle est de témoigner d’une autre voie. Je refuse donc de me taire, je refuse de me soumettre au politiquement correct, tout comme en tant que chrétien, je refuse de haïr ceux qui me rejettent.

C’est là qu’est la véritable résistance !

Alors, si l’on veut tenir bon dans ce climat de lynchage médiatique et numérique ? Il nous faut d’abord des fondations inébranlables. Nous devons nous plonger dans les Écritures, mais aussi redécouvrir les penseurs et martyrs modernes comme le Pasteur Dietrich Bonhoeffer, qui ont su allier l’intelligence à un courage héroïque.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dietrich_Bonhoeffer

Dès le mois d’avril 1933, il prend publiquement position contre la persécution des Juifs et s’engage dans la lutte contre le “paragraphe aryen”. Il est interdit de parole en 1940 et d’écriture en 1941. En avril 1943, il est arrêté et, deux ans plus tard il est exécuté.

Nous devons refuser de déserter le terrain du dialogue au profit de celui de la polémique. Écoutons avant de parler, comprenons la douleur ou la posture de l’autre, et exprimons-nous toujours avec amour, douceur, et dans un respect absolu des personnes.

Ne tombons jamais dans le piège de la haine en vouant à l’enfer les individus qui s’opposent à notre courant de pensées. Ne tombons pas non plus dans celui de la lâcheté en bradant nos convictions histoire d’avoir la paix, ou sous prétexte de « sagesse ».

Une voix nécessaire, malgré les persécutions.

« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux!  Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi ».

Être entre le marteau et l’enclume est une position douloureuse, inconfortable, et parfois usante. Mais c’est précisément là que Dieu nous attend pour être des témoins authentiques. Le monde est fatigué des extrêmes et des slogans creux. Il a un besoin viscéral de voix qui défendent la vérité avec compassion ».

Alors, continuez à témoigner avec conviction et vérité, tout en étant plein de compassion et d’amour. Soyez à l’écoute des souffrances, sans hésiter à dénoncer, avec humilité, les causes de ces souffrances que vous avez identifiées. Votre voix compte. C’est au cœur de cette tension, entre le marteau et l’enclume, que brille aujourd’hui le plus beau témoignage de l’Évangile.

© Mikael REALE – 2026

Reproduction autorisée avec mention de la source.

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