Comment les lois anti-haine redéfinissent la liberté religieuse.
Le Canada a adopté en Mars 2026 la loi C-9, qui s’inscrit dans une tendance internationale, en particulier en Europe, où plusieurs pays ont déjà adopté des législations strictes contre les discours considérés « porteurs de haine », avec des impacts variables sur la liberté d’expression et la vie des communautés religieuses.
Ces lois sont souvent critiquées pour leur manque de précision et leur potentiel à criminaliser des expressions légitimes, notamment dans un contexte religieux ou moral. C’est déjà le cas dans de nombreux pays européens qui de plus en plus souvent sont confrontés à une criminalisation potentielle de l’enseignement biblique, notamment sur des sujets sensibles comme la famille, la sexualité ou la morale, pouvant être interprétés comme de la « propagande haineuse » si elles sont jugées offensantes ou discriminatoires envers un groupe identifiable.
Cela conduit inexorablement vers des restrictions sur les prêches et les publications
qui abordent des questions sociétales. Leurs auteurs pourraient être exposés à des poursuites si un sermon sur le mariage traditionnel ou sur la famille est interprété comme une « attaque haineuse » contre les personnes LGBTQ+.

Les ministères chrétiens pourraient hésiter à aborder certains sujets par crainte de poursuites, ce qui pourrait mener à une forme d’autocensure. Des organisations « Pro Life » ont déjà appelé leurs membres à se préparer à une « hostilité croissante » et à des pressions légales, en cas de plaintes ou d’enquêtes policières.
Des lois floues, des risques réels
Le problème reste la définition du discours haineux. Est-ce que déclarer qu’un être humain à le droit à la protection de la société dès sa conception dans le sein de sa mère, ou que le mariage biblique ne peut se célébrer qu’entre un homme et une femme, représente un discours haineux ? Oui, je sais, cela est parfois offensant … tout comme il est offensant de traiter de bigot ou de grenouille de bénitier les gens qui vont au culte, à la synagogue, à la mosquée ou à la messe dans un monde qui se sécularise de jour en jour. On n’a jamais vu de gens porter plaine pour discours haineux vis-à-vis de ces moqueries si populaires dans les médias. Et quand des voix s’élèvent, les médias se drapent dans cette sacro-sainte liberté d’expression qu’ils refuseraient bien volontiers aux « religieux ».
Un cas récent illustre ce glissement inquiétant : à Malte, un ami conducteur de louange, Matthew Grech, a été poursuivi en justice pour avoir partagé dans une émission de téléréalité son témoignage de conversion qui l’a amené à changer son « orientation sexuelle ». Accusé de discours haineux par des lobbies LGBTQ+, il a finalement été acquitté en 2026 après un procès très médiatisé de plusieurs années. Le tribunal estimant que partager son expérience personnelle de vie relevait de la liberté d’expression et de la liberté religieuse, et non d’une incitation à la haine.
Le cœur du problème est : qui définit la haine ?
Cet exemple montre à quel point la frontière entre conviction religieuse et discours haineux peut devenir ténue, voire arbitraire, selon l’interprétation des lois.
« Autrefois, le délit de lèse-majesté protégeait le souverain en criminalisant toute critique ou offense à son égard, au nom de l’ordre et du respect sacré de l’autorité. Aujourd’hui, certaines lois contre les discours haineux, bien que légitimes dans leur intention de protéger les minorités, risquent de créer une forme de « lèse-minorité » : une criminalisation progressive des opinions ou des croyances qui, sans inciter à la violence, s’écartent des normes dominantes ou heurtent la sensibilité de groupes identifiables.

Le défi reste de concilier la protection contre la haine réelle, à laquelle j’adhère totalement, et la préservation d’un espace de débat libre, où la critique — même malaisée — ne devient pas un délit d’opinion. Les lois sont souvent trop vagues, pour s’adapter à des réalités mouvantes, mais cette imprécision peut aussi ouvrir la porte à des abus ou à une application inégale.
Et si nous montrions l’exemple …
Les profils Facebook, Instagram et autres, de tant de chrétiens et de ministères, sont remplis d’insultes et de moqueries acerbes et de « fake news », les en particulier dans le monde évangélique lors des campagnes électorales. En adoptant ce ton agressif, en relayant des informations non vérifiées ou en tenant des propos dénués d’amour, de compassion et de charité, ces dérives offrent malheureusement une tribune aux détracteurs des libertés religieuses, qui y voient la preuve que les convictions chrétiennes ne méritent pas d’être protégées. Loin de défendre la liberté de notre foi, de tels comportements renforcent les stéréotypes négatifs et fournissent des arguments aux partisans d’une régulation toujours plus stricte des opinions.
Pourtant, nous, chrétiens, ne devrions jamais utiliser notre liberté religieuse comme prétexte pour tenir des propos méchants ou blessants. Arrêtons de rendre pour coup, déjà entre nous, ensuite vis à vis de ce monde. Arrêtons de croire qu’avec un post incisifs, nous allons empêcher d’arriver ces tensions que Jésus nous prévient dans Mat 24. Le Christ ne nous appelle pas à y répondre par les mêmes armes que le monde. Notre liberté spirituelle ne se défendra pas par la haine, mais par l’amour et la vérité, même (et surtout) quand celle-ci dérange.
Mikaël Réale