S’assembler, oui… mais pour quoi faire ?

Il y a quelques semaines, une amie me demandait où nous allions « à l’église ».

L’expression elle-même m’a toujours dérangé : on ne va pas à l’église, on est l’Église. On la vit, on la partage, on la construit. Mais cette question, posée avec une pointe de curiosité et peut-être d’inquiétude, m’a replongé dans une réflexion plus profonde : S’assembler ? oui, bien sûr ! Mais pour faire quoi ?

L’assemblée comme obligation ou comme vocation ?

Après avoir visité deux ou trois assemblées locales dans notre région, Cathy et moi avons rapidement compris que notre présence, en tant que missionnaires indépendants, mettait certains des responsables, pour le moins mal à l’aise. « Que viennent-ils faire là » ?

Et nous aussi, d’ailleurs. « Que faisions nous là » ? Assister à des réunions dominicales sans pouvoir servir, sans pouvoir contribuer activement, ne nous correspond pas et dans ce type d’assemblées dénominationnelles, c’est compliqué de servir quand on n’est pas du « sérail ».

J’ai donc avoué à notre amie que depuis notre installation dans la région, nous n’avions pas fréquenté régulièrement d’église locale, et nous lui avons expliqué pourquoi.

« Si Dieu te demande d’aller dans une église baptiste, pentecôtiste… alors tu dois obéir. »

La réponse de mon interlocutrice ne m’a pas surpris : « Si Dieu te demande d’aller dans une église baptiste, pentecôtiste… alors tu dois obéir. » Sous-entendu : il y a des églises à 30 minutes de chez toi, alors pourquoi faire le difficile ?

Mais le fait est que Dieu ne m’a rien demandé de tel. Et la réponse qu’elle m’a faite, bien que sincère, révèle une compréhension trop réduite de ce que signifie « s’assembler ». Même si elle ne l’a pas cité, j’entendais résonner le verset d’Hébreux 10 : 25, brandi comme un rappel à l’ordre :
« N’abandonnez pas votre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns. »

Ce verset est généralement mentionné pour inciter les chrétiens à être plus assidus à leur église locale mais également cité à ceux qui ne fréquentent plus d’église, comme c’est notre cas, et pour rappeler à l’ordre les brebis égarées.

A une époque, on m’avait cité ce verset car à la suite d’un désaccord, jeunes chrétiens avec Cathy, nous avions changé d’église locale. Notre ancien pasteur était venu nous sermonner ainsi !

Il est intéressant de remarquer que la façon dont ce verset est généralement cité est souvent différente de la manière dont il a été rédigé. 

« N‘abandonnons pas nos assemblées devient n’abandonnez pas vos assemblées ». Celui qui le cite, se désolidarisant ainsi du texte, se pose en juge.

Le piège du « saucissonnage » biblique

Le découpage en chapitres et en versets, introduit bien après la rédaction des textes bibliques, a parfois conduit à des interprétations tronquées. Séparer le verset 24 du verset 25, par exemple, c’est perdre le sens global voulu par l’auteur.

« Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à l’amour et aux bonnes œuvres.
N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns ;
Mais exhortons-nous réciproquement, et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le jour ».
Hébreux 10 : 24-25

L’auteur de l’épitre aux Hébreux ne parle pas seulement de se réunir pour la forme, mais de persévérer ensemble dans l’espérance, en gardant les yeux fixés sur le retour du Christ.

Donc, n’abandonnons pas nous même, l’assemblée en arrêtant de veiller les uns sur les autres tout en nous exhortant les uns aux autres au sujet de l’amour que nous nous portons et que nous portons à autrui (c-à-d ceux de l’extérieur).

La question n’est donc pas : « Vas-tu à l’église ? », mais : « Comment vis-tu la communion avec les autres croyants ? » La différence est de taille.

Dans Actes 2, les premiers chrétiens « vivaient unis, partageaient tout, rompaient le pain dans les maisons, louaient Dieu ensemble ». Rien à voir avec une simple assistance passive à un culte dominical.

Un jour, alors que Cathy et moi jeunions et priions, Dieu nous a dit quelque chose qui m’a frappé : « Vous avez remplacé la communion par des réunions. C’est là que vous vous êtes fourvoyés. »

Cette remarque, que j’ai reçue comme une révélation, résume bien le problème. Combien de fois avons-nous confondu être ensemble et être l’Église ? Combien de fois avons-nous réduit la vie communautaire à un programme, à des chants, à un sermon, sans jamais vraiment nous engager les uns envers les autres ?

S’assembler, ce n’est pas seulement se retrouver dans un même lieu. C’est veiller les uns sur les autres, s’encourager, partager nos vies, nos luttes, nos victoires. C’est aussi servir, donner, accueillir. Quand je vois des assemblées où l’on se contente de consommer un service religieux, je me demande : où est la communion ? Où est l’Église vivante ?

Et si on reprenait tout à zéro ?

Peut-être est-il temps de redéfinir ce que signifie « s’assembler ». Peut-être faut-il sortir des schémas traditionnels pour retrouver l’essentiel : des relations authentiques, un amour en action, une foi qui se vit au quotidien. Pas besoin de bâtiments, de structures, de programmes sophistiqués. Juste des hommes et des femmes qui, ensemble, cherchent à suivre Christ et à aimer leur prochain.

Alors, s’assembler ? Oui, mais pas pour cocher la case de la réunion hebdomadaire mais pour vivre, pour grandir, pour rayonner de l’intérieur vers l’extérieur.

L’Église, ce n’est pas un lieu, c’est un peuple. Un peuple qui marche, qui prie, qui agit. Un peuple qui, ensemble, attend et prépare le retour de son Seigneur.

Et vous, comment vivez-vous la communion avec les autres croyants ? Est-ce une obligation ou une vocation ?

Mikaël Réale

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