Quand la “paix” devient complicité

Comment un homme qui, face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, prend le parti de l’agresseur et exige de la victime qu’elle renonce à sa terre et à sa sécurité, peut-il rester le héros de l’église de Christ ?

Les nations qui soutiennent la victime de l’agression armée d’un pays indépendant, le font parce qu’elles savent une vérité simple : la paix ne se construit pas sur le renoncement à la justice, mais sur le respect du droit et de la souveraineté.

Celui qui appelle une victime à capituler, qui justifie l’oppression au nom d’un prétendu « réalisme », et qui ferme les yeux sur les crimes commis, pour au plus vite rétablir le “business”, ne sert pas la paix : il sert l’oppresseur.

Demanderiez-vous à la victime d’un viol de renoncer à la justice par « pragmatisme ». Refuseriez-vous de prendre sa plainte afin de ne pas « irriter » son agresseur, en vue de futurs « deals ». Vous mettriez-vous au rang de ses accusateurs … elle n’avait qu’à pas … ?

Comment un plan de paix peut-il exiger de la victime qu’elle reconnaisse la langue de l’agresseur comme langue officielle et accorde un statut privilégié à son église, instrument de propagande de son ennemi depuis le déclanchement du conflit ?
Plan de paix qui ne durerait que jusqu’à ce que l’agresseur, après s’être refait une santé, repasse à l’attaque, ici ou ailleurs, comme il l’a toujours fait depuis trois décennies.

Martin Luther King Jr, le pasteur baptiste américain qui a mené dans les années 1960 le combat contre la discrimination raciale aux États-Unis, inspirant ses sympathisants par le pouvoir de sa rhétorique.

Il prônait la contestation non violente et a été assassiné le 4 avril 1968. Il reçut le prix Nobel de la paix en 1964. Ce prix espéré comme une obsession par celui qui prône une paix sans justice.

Le pasteur King disait : « Une véritable paix n’est pas que l’absence de conflit, mais la présence de la justice. » Et il avait raison !

L’Église de Christ ne peut bénir la cupidité, le mensonge et la malhonnêteté. Elle doit au contraire, et sans lâcheté, se tenir aux côtés des peuples qui résistent à l’oppression. Elle ne peut cautionner un texte qui sacrifie la souveraineté d’un peuple et légitime l’agresseur, en imposant sous 8 jours à la victime de renoncer à sa sécurité.

Quand l’Église, au lieu de défendre les opprimés, se fait complice des puissants, elle trahit sa mission. L’histoire regorge d’exemples où des institutions religieuses ont, hélas, béni l’injustice au nom d’une paix illusoire.

De l’Espagne de l’inquisition, aux enfants aborigène d’Australie arrachés à leur famille pour forcer leur conversion, de l’Afrique du Sud à Allemagne nazie, une partie de l’Église a justifié la ségrégation raciale par des interprétations bibliques détournées, devenant ainsi le pilier idéologique des régimes oppressifs au nom d’un prétendu « ordre divin ».

Mais l’histoire montre aussi des contre-exemples héroïques : Dietrich Bonhoeffer, pasteur et théologien allemand, qui a rejoint la résistance contre Hitler et payé de sa vie son refus de la compromission. Ou encore l’Église catholique en Pologne, qui a soutenu le syndicalisme de Solidarnosc face au régime communiste totalitaire, rappelant que la dignité humaine prime sur la soumission.

Enfin, Martin Luther King Jr. Dont je parlais plus haut, prouvant que la foi peut être une force de libération.

Ces exemples nous rappellent une vérité intemporelle : la paix ne peut être une capitulation déguisée. Elle ne saurait se réduire à un marché de dupes, où l’on troquerait la liberté contre une illusion de tranquillité, où l’on sacrifierait la vérité et la justice sur l’autel d’intérêts éphémères et politiques.

Une telle paix n’est qu’un armistice trompeur, comme dans la France de Vichy, une parenthèse avant de nouvelles violences, une trahison des valeurs mêmes que l’Église de Christ est appelée à incarner.

L’une des missions du corps du Christ est d’être la voix des sans-voix, le rempart contre l’arbitraire, la lumière dans la nuit de l’oppression. Elle ne peut se contenter de prières murmurées dans l’ombre des sanctuaires quand des peuples sont écrasés.

Comme le proclamait le prophète Michée : « On t’a fait connaître, oh homme, ce que ton Dieu attend de toi… Pratique la justice, aime la miséricorde, et marche humblement avec ton Dieu » (Michée 6:8). Cette parole n’est pas une suggestion, mais un commandement.

Fermer les yeux sur l’injustice, c’est devenir complice. Bénir une paix sans justice, c’est trahir l’Évangile. Comme l’écrivait le théologien Karl Barth : « Prêcher l’Évangile, c’est aussi dénoncer ce qui lui est contraire. »

Puissions-nous, en tant que disciples du Christ, avoir le courage de dire non à la lâcheté, non à la compromission, non à cette paix qui n’est qu’un leurre. La vraie paix, celle qui honore Dieu, ne se décrète pas depuis les palais du pouvoir. Elle se construit, chaque jour, dans le respect intransigeant de la dignité humaine, dans la quête obstinée de la justice, et dans l’engagement indéfectible aux côtés de ceux qui luttent pour leur liberté.

Mikaël Réale.

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